3 – Maladie thrombo-embolique veineuse (MTEV)

Douleurs nociceptives

3.1 - Prévention en chirurgie

3.1.1 - Prévention en chirurgie hors orthopédie

(Selon RPC SFAR 2004)

Tableau VII . Niveau de risque de thrombose (chirurgical et/ou patient)

Le risque élevé domine qu'il soit chirurgical ou patient

Risque lié à la chirurgie

Risque lié au patient

Niveau de risque

Chirurgie abdominale non majeure : appendice, vésicule non inflammatoire, proctologie, chirurgie pariétale Chirurgie de la surrénale, urétéroscopie et chirurgie de l’uretère, chirurgie endoscopique de la vessie et de la prostate, IVG, curetage, bartholinite, conisation Absence de facteur de risque

Faible

Chirurgie carcinologique du sein Coelioscopie > 60 min, Laparotomie exploratrice, Dissection étendue et/ou hémorragique Durée opératoire anormalement prolongée. Urgences Age > 40 ans Oestroprogestatifs Cardiopathie décompensée Alitement opératoire > 4 jours Varices Insuffisance veineuse majeure Infection péri-opératoire Post-partum (6 à 8 semaines) Obésité

Modéré

Neurochirurgie Traumatisme médullaire Chirurgie pour cancer pelvien (utérus, col, ovaire) Chirurgie abdominale majeure (foie, pancréas, colon, MICI ou cancer) Chirurgie bariatrique Chirurgie urologique (rein, prostate, vessie, curage ganglionnaire) Résection pulmonaire Chirurgie Aorte ou vasculaire des MI Abdominoplastie Cancer actuel ou évolutif Antécédents de MTEV Paralysie des membres inférieurs Hypercoagulabilité acquise (anticoagulant circulant (ACC)) ou constitutionnelle

Elevé

Tableau VIII . Stratégies thérapeutiques en fonction des risques de thrombose et hémorragique

Stratégies thérapeutiques en fonction du risque

Risque Hémorragique faible

Risque Hémorragique élevé

hémorragie cérébrale hémorragie non contrôlée
Risque Thrombose modéré enoxaparine (Lovenox®) 0,2 mL/j / 20 mg/2000 UI AXa nadroparine (Fraxiparine® ) 0,3 mL/j /2850 UI AXa daltéparine (Fragmine®) 2500 UI AXa/j tinzaparine (Innohep®) 2500 UI AXa/j ou BAT BAT (bas anti-thrombose)
Risque Thrombose élevé enoxaparine (Lovenox®) 0,4 mL/j / 40 mg/j /4000 UI AXa nadroparine (Fraxiparine®) 38 (J1 et J2) puis 57 UI Axa/kg daltéparine (Fragmine®) 5000 UI/j tinzaparine (Innohep®) 3500 (cancer) - 4500 UI/j fondaparinux (Arixtra®) 2,5 mg/j +/- BAT BAT et CPI (compression mécanique intermittente)
Risque faible : Rien ou BAT Risque modéré : HBPM ou BAT, durée < 10 jours Risque élevé : HBPM ou fondaparinux selon les indications ± BAT, durée prolongée de 35 à 42 jours pour prothèse totale de hanche, prothèse totale de genou, fracture du col du fémur et cancers abdominaux (digestifs, gynécologiques, urologiques) RPC SFAR 2011 : Explications des recommandations - Utilisation de la méthode GRADE 1) Niveau de preuve Niveau élevé : Essai randomisé contrôlé, Méta analyse Bas niveau : Etude « tout ou rien », Etudes contrôlées de validation de tests diagnostiques, Etudes prospectives de cohortes parallèles, études « exposés-non exposés » prospectives études cas témoins. Très bas niveau : Autre type d’étude 2) Réévaluation: qualité étude, importance effet ou critère jugement 3) Niveau global de preuve: fort, modéré ou faible • Grade 1+ = Recommandation forte positive Il est recommandé de prescrire • Grade 2 + = Recommandation optionnelle positive Il faut probablement prescrire • Grade 1 - = Recommandation forte négative Il est recommandé de ne pas prescrire • Grade 2 - = Recommandation optionnelle négative Il faut probablement ne pas prescrire RPC SFAR 2011 : Chirurgie abdominale Il est recommandé de réaliser une thromboprophylaxie : - par HNF, HBPM à dose élevée - par Fondaparinux à la dose de 2,5 mg/j Après chirurgie abdominale lourde ou à risque modérée (1+). Il est recommandé de prolonger la durée de la thromboprophylaxie pendant 1 mois après une chirurgie majeure abdomino-pelvienne (1+). Chirurgie bariatrique • Il est suggéré d’utiliser une HBPM (2+) • Il est suggéré d’augmenter les doses journalières sans dépasser 10.000 UI anti-Xa/j (2+) • Il est suggéré de prescrire l’HBPM en 2 injections sous-cutanées par jour (2+) • Aucune étude ne permet d’établir des recommandations pour le début (pré ou postopératoire) ou pour la durée optimale de la prophylaxie. Par analogie avec la chirurgie digestive, nous recommandons une durée minimale de 10 jours en post-opératoire (1+). • Il est suggéré d’associer la compression pneumatique intermittente (CPI) à la prophylaxie médicamenteuse (2+) • Il est n’est pas recommandé d’utiliser des techniques d’interruption partielle de la veine cave inférieure dans ce cadre (1-) Abdominoplastie • Une thromboprophylaxie par HBPM à dose prophylactique élevée est recommandée en association à une prophylaxie mécanique en postopératoire d’abdominoplastie, (1+). • Il est recommandé de mettre en place des bas de contention dès l’arrivée au bloc en préopératoire d’abdominoplastie (1+). • Il est recommandé de poursuivre la thromboprophylaxie pendant 7 à 10 jours (1+). Thromboprophylaxie en chirurgie plastique et esthétique
  • Une thromboprophylaxie médicamenteuse n’est pas recommandée pour un lifting (1-)
  • Il est suggéré d’appliquer une prophylaxie mécanique (bas anti thrombose et/ou CPI), en cas de lifting (2+).
  • Il est suggéré d’utiliser une prophylaxie médicamenteuse par HBPM dans les dermolipectomies ou les lipoaspirations, y compris chez des patients à risque de saignement post-opératoire (2+).
  • Il est suggéré qu’une prophylaxie mécanique (bas anti- thrombose et/ou CPI) soit mise en œuvre systématiquement (2+).
  • Nous suggérons qu’une prophylaxie mécanique (bas de contention et/ou CPI) doit être mise en œuvre d’autant plus que le patient est à risque d’ETEV post-opératoire (2+)
  • Il est recommandé de porter des bas de contention dès l’arrivée au bloc dans le cas d’une chirurgie à risque élevé (1+)
  • Il est recommandé de poursuivre la thromboprophylaxie pendant 7 à 10 jours (1+)

3.1.2 - Prévention en chirurgie orthopédique

(Selon RPC SFAR 2011) Tableau IX. Prévention et durée de traitement en chirurgie orthopédique

Risque chirurgical

Faible Arthroscopie du genou, hallux valgus, hernie discale, arthroscopie diagnostique ou méniscectomie Pas de prophylaxie (1-)
Modéré Fracture extrémité distale du membre inférieur (tibia péroné, cheville et pied) rupture Tendon d’Achille, plâtre sans appui : durée immobilisation (2+) Arthrodèse de rachis, lésion ligamentaire genou ou cheville, TTA = 8-10 jours (2+) HBPM (2+)
Elevé trauma Fracture diaphyse fémorale = 42 jours ou Fracture du col du fémur = 35 jours Fracture du Plateau et pilon tibial = durée immobilisation HBPM utilisable au-delà du 14ème jour (2+) Fondaparinux (1+)
Elevé PTH = 35 à 42 jours (1+) PTG = 14 jours (1+), voire 35 jours (2+) Reprises de PTH et PTG : mêmes durées Que ce soit pour la PTH ou la PTG, un écho-Doppler systématique réalisé avant la sortie n’est pas recommandé (1-) Première intention, sans différence (1+) HBPM fondaparinux dabigatran rivaroxaban apixaban
Ostéotomie tibiale = 42 jours ou durée immobilisation HBPM 2+
Fondaparinux et nouveaux anticoagulants oraux directs (AOD) : 1. Fondaparinux, anti-Xa indirect, à la dose sous-cutanée de 2,5 mg/jour est supérieur aux HBPM en termes d’efficacité sur les ETEV majeurs. Cependant, il existe une incidence plus élevée d’hémorragies majeures sous fondaparinux par rapport aux HBPM, suggérant de ne pas utiliser le fondaparinux à cette dose chez les patients à risque hémorragique accru (2-) 2. dabigatran 150 mg/jour et 220 mg/jour, anti-IIa direct oral, à la dose de 220 mg/jour (110 mg x 2/j) ou 150 mg/jour (75 mg x 2/j) est non inférieur aux HBPM en termes d’efficacité sur les évènements thromboemboliques veineux (ETEV) majeurs. L’incidence des hémorragies majeures apparait plus faible avec la dose de 150 mg/jour, sans que ce soit significatif. Pour les patients âgés de plus de 75 ans et les patients insuffisants rénaux modérés, la dose de 150 mg/jour est suggérée (2+). En cas de risque thromboembolique surajouté (risque lié au patient, en dehors de l’âge élevé), nous suggérons de ne pas utiliser le dabigatran à la dose de 150 mg/jour (2-). 3. rivaroxaban 10 mg/jour, anti-Xa direct oral, à la dose de 10 mg/jour est supérieur aux HBPM en termes d’efficacité sur les ETEV majeurs et symptomatiques avec une tendance à l’augmentation du risque hémorragique En cas de risque thromboembolique surajouté (risque lié au patient), nous suggérons d’utiliser le rivaroxaban à cette dose (2+). En cas de risque hémorragique élevé (risque lié au patient), nous suggérons de ne pas utiliser le rivaroxaban à cette dose (2-) 4. apixaban 2,5 mg X2 /jour, anti-Xa direct oral, à la posologie de 5 mg/jour (2,5 mg x2/j) est supérieur aux HBPM sur les ETEV majeurs, sans réduction des événements symptomatiques. L’incidence des hémorragies n’est pas différente de celle observée avec les HBPM. En conséquence, en cas de risque thromboembolique surajouté (risque lié au patient), nous suggérons d’utiliser l’apixaban à cette dose (2+). Doses d’AOD en orthopédie dabigatran : 220 mg une fois par jour. La dose de 150 mg est réservée aux plus de 75 ans, aux patients avec une clairance de la créatinine selon Cockroft inférieure à 50 mL/min et aux poids inférieurs à 50 kg. rivaroxaban : 10 mg une fois par jour apixaban : 2,5 mg deux fois par jour Horaire 1ère administration après PTH, PTG, FH :
  • HBPM 12h pré-op 6-8h post-op
    • Injection pré-op non indispensable : 2+
    • injection post-op préférable si anesthésie loco-régionale (ALR) : 2+
    • pré-op si FH différée avec chirurgie 12 h (24 h) après dernière injection : 1+
  • fondaparinux 8 h post-op
  • dabigatran 1-4 h post-op
  • rivaroxaban 8 h post-op
  • apixaban 12-24 h post-op

3.2 - Prévention en médecine

La prévention de la MTEV en médecine dépend du risque thrombo-embolique prenant en compte l’affection médicale aiguë, les facteurs de risque liés au patient dont l’âge et l’alitement. Une seule injection/jour pour une durée de 7 à 14 jours.

Figure 5 . Aide à la prescription d’une thromboprophylaxie en médecine en fonction de l’évaluation du risque thrombo-embolique (RTE).

RTE élevé

RTE modéré

Pas de RTE

M : maladie aiguë

+ 2

+ 1

0

F : Terrain ou Facteurs de risque

+ 2

+ 1

0

I : degré d’Immobilité

+ 2*

0

0

* si ne peut pas marcher au moins 3 fois/j RTE : Risque thrombo-embolique

Traitement prophylactique :
  • Une seule injection en sous cutanée /jour (Pas de surveillance antiXa)
o enoxaparine, Lovenox® 4000UI/j (Pas de 2000UI/j en thromboprophylaxie médicale) o daltéparine, Fragmine® 5000 UI/j o fondaparinux, Arixtra® 2,5 mg/j/j · HBPM : surveillance plaquettes 2 fois/sem en chirurgie, Surveillance des plaquettes non nécessaire en milieu médical sauf si exposition récente à l’HNF (reco HAS 2009).
  • Pas de surveillance anti-Xa.
· HBPM déconseillées si clairance créatinine < 30 mL/min (< 20 mL/min pour fondaparinux).
  • Si contre-indication au traitement anticoagulant (saignement actif, coagulopathie, thrombopénie, etc)
→ Contention élastique ou compression pneumatique intermittente
  • Pas d’AMM pour les AOD en thromboprophylaxie médicale pour l’instant.

3.3 - Stratégies diagnostiques d’une thrombose veineuse profonde (TVP)

Suspicion de TVP

Tableau X . Score de Wells *

Eléments

Points

Cancer évolutif

+ 1

Paralysie, parésie ou immobilisation plâtrée récente d’un membre inférieur

+ 1

Alitement récent > 3 jours ou chirurgie majeure < 4 semaines

+ 1

Tension douloureuse localisée du membre inférieur

+ 1

Augmentation de volume globale du membre inférieur

+ 1

Augmentation de volume > 3 cm comparé au membre asymptomatique

+ 1

Œdème prenant le godet

+ 1

Circulation veineuse collatérale

+ 1

Probabilité d’un autre diagnostic > à celui de TVP

- 2

Probabilité clinique

Faible

0

Moyenne

1 - 2

Forte

≥ 3

* Wells PS, Anderson DR, Bormanis J, et al. Value of assessment of pretest probability of deep vein thrombosis in clinical management. Lancet 1997 ; 350 : 1795-8.

* Pas de dosage de D-dimères si : traitement anticoagulant (même préventif), hospitalisation > 48 heures, grossesse, chirurgie récente < 1 mois.

Figure 6 . Algorithme de diagnostic TVP

En pratique , le diagnostic de TVP est évoqué :
  • devant des signes cliniques (la probabilité clinique de TVP étant d'autant plus élevée qu'il existe des facteurs de risque ou un facteur déclenchant de TVP associé à des symptômes unilatéraux),
  • en présence d'une suspicion d’embolie pulmonaire (EP),
  • de manière systématique (plus rarement) dans un contexte à très haut risque.
Dans tous les cas il est indispensable de confirmer le diagnostic par un écho-doppler veineux en urgence :
  • L’examen doit être complet et inclure l’étage sural.
  • A défaut, deux examens jusqu’en poplité sont réalisés à une semaine d’intervalle.

3.4 - Stratégie thérapeutique à la phase aiguë

  • Préférer HBPM ou le fondaparinux à l’HNF.
  • Dose en fonction du poids.
  • HBPM curatif contre-indiquée si clairance créatinine < 30ml/min.
  • Bilan minimum avant la mise sous traitement anticoagulant :
    • Numération plaquettaire
    • TP (taux de prothrombine) et TCA (temps de céphaline + activateur)
    • clairance de la créatinine (formule de Cockcroft)
  • Après le début des héparines ou du fondaparinux, relais AVK précoce en l’absence de situation à risque hémorragique.
  • Autre traitement possible : traitement d’emblée par le rivaroxaban (15 mg, matin et soir pendant 21 jours puis 20 mg 1/jour) ou apixaban (10 mg, matin et soir pendant 7 jours, puis 5 mg matin et soir) sans administration d’héparine ou de fondaparinux. Traitement par dabigatran 150 mg matin et soir après au moins 5 jours de traitement par anticoagulant par voie parentérale.

Tableau XI . Stratégie thérapeutique à la phase aiguë d’une TVP

Apixaban (Eliquis®)

Apixaban

(Eliquis®)

anti-Xa direct oral

Posologie 10 mg matin et soir pendant 7 jours puis 5 mg matin et soir
Avantages Index thérapeutique large à la différence des AVK Pas de surveillance biologique
Inconvénients Contre-indication si Insuffisance rénale sévère avec ClCr <30 mL/min (Cockcroft) Pas d’antidote Non recommandé en association avec des inhibiteurs puissants du CYP3A4 et de la P-gp, tels que les antimycosiques azolés…
Rivaroxaban (Xarelto®)

Rivaroxaban

(Xarelto ®)

anti-Xa direct oral

Posologie 15 mg x2/24h pendant 21 jours Puis 20 mg/24h Diminuer à 15 mg/24h après les 21 ers jours si ≥2 facteurs de risque : - clairance entre 30 et 49 mL/min - âge > 75 ans - poids < 50kg
Avantages Index thérapeutique large à la différence des AVK Pas de surveillance biologique
Inconvénients Pas recommandé si Insuffisance rénale sévère avec ClCr <15 mL/min (Cockcroft) Pas d’antidote Contre-indiqué si patients VIH sous inhibiteurs de protéases, avec azolés.

HBPM

HBPM

Posologie Deux injections SC/j : enoxaparine SC, Lovenox® 100 UI/kgX2/24h (TVP ± EP) daltéparine SC, Fragmine® 100 UI/kgX2/24h (TVP) nadroparine SC, Fraxiparine® 85 UI/kgX2/24h (TVP) Une seule injection SC/j : tinzaparine SC, Innohep® 175 UI/kg/24h (TVP, EP) nadroparine SC, Fraxodi® 170 UI/kg/24h (TVP) Minimum 5 jours avec relais AVK précoce (du 1er au 3ème jour) Maintenu tant que l’INR n’est pas entre 2 et 3 sur 2 contrôles successifs
Avantages Meilleure biodisponibilité que l’HNF Pas de contrôle biologique (Anti-Xa) sauf - Sujets âgés : Poids extrêmes (anorexie, obésité) - Insuffisants rénaux modérés (30 < ClCr < 60 mL/min, sinon pas d’HBPM) - Femmes enceintes Moindre fréquence des TIH
Inconvénients Contre-indication si Insuffisance rénale sévère avec ClCr <30 mL/min (Cockcroft)

Fondaparinux (Arixtra®)

Fondaparinux

(Arixtra®)

Posologie Une seule injection SC/ j Arixtra® 50 à 100 kg → 7,5 mg/j < 50 kg → 5 mg/j > 100 kg → 10 mg/j Minimum 5 jours avec relais AVK précoce (du 1er au 3ème jour) Maintenu tant que l’INR n’est pas entre 2 et 3 sur 2 contrôles successifs
Avantages Meilleure biodisponibilité que l’HNF Pas de contrôle biologique (Anti-Xa) sauf - Sujets âgés : Poids extrêmes (anorexie, obésité) - Insuffisants rénaux modérés (30 < ClCr < 60 mL/min, sinon pas d’HBPM) - Femmes enceintes Pas de TIH Une seule injection
Inconvénients Contre-indication si Insuffisance rénale sévère avec ClCr <30 mL/min (Cockcroft) Pas d’antidote
HNF

HNF

Posologie IVSE : Bolus de 80 UI/kg puis 18 UI/kg/h ou 500 UI/kg/24h. SC : - Bolus de 80 UI/kg - 500 UI/kg/j - 2 ou 3 injections/j Minimum 5 jours avec relais AVK précoce (du 1er au 3ème jour) Maintenu tant que l’INR n’est pas entre 2 et 3 sur 2 contrôles successifs
Avantages Situations où la ½ vie courte de l’HNF est un avantage Thrombolyse Insuffisance rénale avec ClCr < 30 mL/min
Inconvénients Nécessité d’une surveillance biologique rapprochée pour adaptation de doses (anti-Xa).
Pour HNF → Surveillance des plaquettes recommandée - 2 fois/ semaine les trois premières semaines - puis 1 fois/ semaine ensuite (1 fois/ mois chez la femme enceinte) Pour HBPM : surveillance des plaquettes non préconisée en dehors d’un contexte post-opératoire ou post-traumatique ou lors d’exposition préalable à l’HNF
Traitement curatif à la phase aiguë : traitement ambulatoire des TVP proximales et EP Possible si et seulement si :
  • Diagnostic de certitude
  • Patient
    • Stable (non compliqué pour la TVP et absence de signes d’insuffisance cardiaque droite pour EP)
    • Faible risque hémorragique
    • Pas d’insuffisance rénale
  • Traitement par HBPM ou fondaparinux ou rivaroxaban
  • Conditions adaptées à l’administration et à la surveillance du traitement anticoagulant à domicile
  • Pour les EP, uniquement si le score de gravité est à risque faible
    • 2 Scores de gravités :
      • - Score de gravité clinique d’Aujesky ou PESI (tableau XII) ou PESI simplifié (tableau XIII)
      • - Score de gravité d’O. Sanchez (tableau XIV))

Tableau XII . Scores de gravité clinique d’Aujesky ou PESI (Pulmonary Embolism Severity Index)

Facteurs de risque de mortalité points
Age +1 par année
Sexe masculin +10
Comorbidités
Cancer +30
Insuffisance cardiaque +10
Insuffisance respiratoire chronique +10
Données de l’examen clinique
Fréquence cardiaque > 110/min +20
Pression artérielle systolique < 100 mmHg +30
Fréquence respiratoire > 30/min +20
Température < 36°C +20
Désorientation, obnubilation ou coma +60
saO2 < 90%, avec ou sans oxygène +20

Score

Ce score définit cinq classes de gravité croissante :
classe I ≤ 65
classe II 66 - 85
classe III 86 - 105
classe IV 106 - 125
classe V > 125
La mortalité augmente avec la classe de gravité : de l’ordre de 2,5% en classe I et II, elle est de 7% en classe III, de 11% en classe IV et de 24% en classe V.

Tableau XIII . Scores de gravité clinique PESI simplifié (sPESI- Simplified Pulmonary Embolism Severity Index)

Facteurs de risque de mortalité points
Age > 80 ans 1
Cancer 1
Pathologie respiratoire et cardiaque 1
PAS< 100 mmHg 1
Fréquence cardiaque > 110 /min 1
SpO2 < 90% 1

Score

Risque faible (Décès à 30 jours : 2,1%) 0
Risque élevé (Décès à 30 jours : 14%) > 1

Tableau XIV . Score de gravité d’O. Sanchez (PREP study)

Facteurs de risque de mortalité catégorie points
Troubles de conscience (désorientation, obnubilation et coma) non oui 0 10
Choc cardiogénique à l’admission non oui 0 6
Cancer Non oui 0 6
BNP (ng/mL) brain natriurétic peptide <100 100-249 250-499 500-999 ≥1000 0 1 2 4 8
Rapport VD/VG VD = ventricule droit VG = ventricule gauche 0,2-0,49 0,5-0,74 0,75-1,00 1,00-1,25 ≥1,25 0 3 5 8 11

Score

Classe I : risque faible ≤ 6
Classe II : risque intermédiaire 7 - 17
classe III : risque élevée ≥ 18

Tableau XV . Surveillance biologique des HBPM et du fondaparinux

A. HBPM : schémas en deux injections par jour : prélèvement au pic d’activité 3 à 4 h après l’injection Enoxaparine (Lovenox®)
Spécialité

Enoxaparine (Lovenox®)

Indications

TVP avec ou sans EP

Syndrome coronarien aigu

Posologie

100 UI/kg/12h

(1 mg/kg/12h)

Activité anti-Xa au pic :
. Valeurs moyennes m±sd

1,20 ± 0,17 U/mL

. Seuil de surdosage

non déterminé

Allongement du TCA (si mesuré)

peu allongé

Dalteparine (Fragmine®)
Spécialité

Dalteparine (Fragmine®)

Indications

TVP constituées

Angor instable

Infarctus du myocarde sans onde Q

Posologie

100 à 120 UI/kg/12h

Activité anti-Xa au pic :
. Valeurs moyennes m±sd

0,6 ± 0,25 U/mL

. Seuil de surdosage

1,0 U/mL

Allongement du TCA (si mesuré)

peu allongé

Nadroparine (Fraxiparine®)
Spécialité

Nadroparine (Fraxiparine®)

Indications

TVP constituées

Angor instable

Infarctus du myocarde sans onde Q

Posologie

85 UI/kg/12h

Activité anti-Xa au pic :
. Valeurs moyennes m±sd

1,0 ± 0,2 U/mL

. Seuil de surdosage

non déterminé

Allongement du TCA (si mesuré)

peu allongé

B. HBPM : schéma en une seule injection par jour : prélèvement au pic d’activité 4 à 6 h après l’injection Tinzaparine (Innohep®)

Spécialité

Tinzaparine

Innohep®

Indications

TVP constituées

EP sans signe de gravité

Posologie

175 UI/kg/24h

Activité anti-Xa au pic :
. Valeurs moyennes m±sd

0,87 ± 0,15 U/mL

. Seuil de surdosage

1,5 U/mL

Allongement du TCA (si mesuré)

allongé

Nadroparine (Fraxodi®)

Spécialité

Nadroparine

Fraxodi®

Indications

TVP constituées

Posologie

171 UI/kg/24h

Activité anti-Xa au pic :
. Valeurs moyennes m±sd

1,34 ± 0,15 U/mL

. Seuil de surdosage

1,8 U/mL

Allongement du TCA (si mesuré)

peu allongé

C. Fondaparinux : schéma en une seule injection par jour : prélèvement au pic d’activité 2 à 3 h après l’injection

Fondaparinux (Arixtra®)
Spécialité

Fondaparinux

Arixtra®

Indications

TVP constituées

EP sans signe de gravité

Posologie 7,5 mg/24h (50-100 kg) 5 mg/24 h (< 50 kg)

10 mg/24h (> 100 kg)

Activité anti-Xa au pic :
. Valeurs moyennes m±sd

1,41 µg/mL

. Seuil de surdosage

non déterminé

Allongement du TCA (si mesuré)

non allongé

Tableau XVI . Surveillance biologique de l’HNF (Recommandations GEHT 2013)

Héparine sodique (Choay® - Panpharma®)
Spécialité

Héparine sodique

(Choay® - Panpharma®)

Posologie initiale et voie d'administration

500 UI/kg/24h

IV continue

Heure du prélèvement

4h après le début de la perfusion puis indifférent

Activité anti-Xa (U/mL)

0,3 à 0,7

TCA

1,5 à 3,5-5 fois

TCA témoin

Variable selon le réactif

Héparine calcique (Calciparine®)
Spécialité

Héparine calcique

(Calciparine®)

Posologie initiale et voie d'administration

500 UI/kg/24h en

2 ou 3 injections SC/24h

Heure du prélèvement

à mi-chemin entre 2 injections

Activité anti-Xa (U/mL)

0,3 à 0,7

TCA

1,5 à 3,5-5 fois

TCA témoin

Variable selon le réactif

3.5 - Situations spécifiques (gynécologie et oncologie)

3.5.1 - Maladie veineuse thromboembolique et gynécologie

Facteurs de risque gynécologiques et Thrombose veineuse
  • Grossesse et Post-partum
  • Procréation médicale assistée (PMA)
  • Contraception hormonale combinée estroprogestative
    1. Quel que soit le type d’estrogènes par voie orale : ethinyl-estradiol ou estradiol
    2. Quelle que soit la voie d’administration de l’ethinyl-estradiol : orale, patch ou anneau
  • · Contraception progestative seule par acétate de medroxyprogestrone en IM
  • Traitement hormonal de ménopause par voie orale
  • Traitement hormonal antiestrogènique : Tamoxifène
  • Traitement hormonal utilisé dans l’ostéoporose : Raloxifène
Grossesse et thrombose Les traitements par HBPM sont préférés à l’HNF et au fondaparinux. Le risque tératogène des AVK dépend du terme de la grossesse : www.lecrat.org (Tél : 01 43 41 26 22)
  • Avant 6 semaines d’aménorrhée → pas de risque.
  • Entre 6 et 9 semaines d’aménorrhée
- 4 à 7 % de syndrome malformatif. - Le tableau malformatif associe : hypotrophie, hypoplasie des os propres du nez, hypertélorisme, ponctuations au niveau des épiphyses des os longs et du squelette axial, ± une hypoplasie des dernières phalanges des mains et des pieds, plus rarement des anomalies de courbures du rachis (scoliose, cyphose, lordose), entrainant exceptionnellement une instabilité du rachis avec apparition de troubles neurologiques progressifs en postnatal. - En dehors des anomalies vertébrales et nasales, les atteintes squelettiques régressent et la croissance est harmonieuse.
  • Après 9 semaines d’aménorrhée : anomalies du système nerveux central (1 à 2% des cas).
  • Aspect néonatal : passage placentaire (prévention). Préférer la warfarine du fait du très faible passage dans le lait maternel.
La prévention des thromboses pendant la grossesse dépend :
  • Antécédent de thrombose : La prévention par HBPM dépend :
    • du type de thrombose (distale, proximale, EP, TVC)
    • des facteurs favorisants de la thrombose (notamment hormonaux)
    • du délai de la thrombose
    • d’une éventuelle thrombophilie associée
→ Un avis pluridisciplinaire est recommandé.
  • Thrombophilie biologique sans évènement thromboembolique
    • Post-partum : prévention par HBPM au moins 4 à 6 semaines après l’accouchement
    • Ante-partum : dépend du type de thrombophilie
→ Un avis pluridisciplinaire est recommandé.
  • En cas de prise en charge en PMA un avis pluridisciplinaire est recommandé.
Contraception hormonale combinée oestroprogestative et thrombose
  • Augmentation du risque thromboembolique veineux (x 4 à 6) plus important la première année d’utilisation et dont l’importance dépend du type de pilule.
    • Les pilules à climat oestrogénique dominant (contenant éthinylestradiol et un progestatif de 3ème génération (désogestrel,gestodène) ou autre (drospirénone, acétate de cyprotérone)) augmentent deux fois plus le risque de thrombose que les pilules contenant éthinylestradiol et un progestatif de 2ème génération (lévonorgestrel).
  • Augmentation du risque identique quelle que soit la voie d’administration de la contraception combinée contenant de l’éthinylestradiol (orale, patch, anneau vaginal).
  • Disparition de cette augmentation de risque environ 2 mois après l’arrêt de prise.
CONTRACEPTION ET THROMBOSE
  • En cas de thrombose
    • Arrêt de la contraception combinée oestroprogestative.
    • Contre-indication absolue de toute contraception combinée quelle que soit la voie d’administration.
    • Inversement, en cas de traitement par AOD ou AVK une contraception efficace est obligatoire (voir contraception autorisée).
  • En cas de thrombophilie biologique isolée :
    • Contre-indication absolue de toute contraception combinée quelle que soit la voie d’administration.
  • Contraception autorisée
    • Contraception mécanique
      • Préservatif + contraception d’urgence
      • Dispositif intra-utérin au cuivre ou au lévonorgestrel
    • Contraception progestative seule (en dehors de la phase aiguë)
      • Microprogestative (désogestrel CERAZETTE®, lévonorgestrel MICROVAL®).
      • Macroprogestative (chlormadinone LUTERAN®).
      • Contre-indication à la contraception par acétate de médroxyprogestérone en intramusculaire.
  • En cas de chirurgie programmée
    • Arrêt de la contraception combinée estroprogestative et switch vers une contraception progestative seule autorisée (voir paragraphe ci-dessus) 2 mois avant la chirurgie.
MENOPAUSE ET THROMBOSE
  • En cas de thrombose
    • Arrêt du traitement hormonal.
    • Contre-indication absolue de tout traitement hormonal contenant des oestrogènes par voie orale.
  • En cas de thrombophilie biologique isolée
    • Contre-indication absolue de tout traitement hormonal contenant des estrogènes par voie orale.
  • Traitement hormonal autorisé après la phase aiguë
    • Oestradiol par voie extra-digestive et progestérone naturelle si nécessaire
→ Un avis pluridisciplinaire est recommandé.
  • En cas de chirurgie programmée
Arrêt du traitement hormonal par voie orale 2 mois avant la chirurgie.

3.5.2 - Maladie veineuse thromboembolique et oncologie

(FNCLC Standards, Options : Recommandations 2008) Risques de MTEV · Incidence annuelle de la MTEV chez un patient avec cancer =1/200. · Le RR à 4, augmente à 6 avec chimiothérapie. · L’ETEV peut révéler le cancer ! – Adénocarcinomes mucosécrétants : poumon (21%), colon (18%), prostate (17%), pancréas, ovaire – Lymphome, LAM3 – syndrome myéloprolifératif : polyglobulie, thrombocytémie essentielle Traitement de la TVP proximale et de l’Embolie pulmonaire
  • HBPM seul au long cours (> 3 mois). Pas de relai précoce aux AVK
3 schémas ont été validés au cours d’essais cliniques prospectifs (Tableau XVII ) : Tableau XVII. Posologies HBPM en oncologie (traitement de la TVP proximale et de l’EP)
Daltéparine (Fragmine®) Tinzaparine (Innohep®)

Phase aiguë et long cours

200 UI/kg/j en 1 injection pdt 1 mois

Puis 150 UI/kg/j en 1 injection

175 UI/kg/j en 1 injection

    • Durée optimale 6 mois, à poursuivre tant que le cancer est évolutif.
    • Après 6 mois un relais par AVK peut être envisagé en fonction de l’évaluation bénéfice – risque.
· En cas d’insuffisance rénale sévère (clairance de la créatinine < 30 mL/min) : HNF avec relai AVK. · En cas d’embolie pulmonaires grave, le cancer n’est pas en soi une contre-indication à la fibrinolyse. · La présence d’une tumeur cérébrale, primitive ou secondaire, n’est pas une contre-indication à l’anticoagulation efficace. Traitement de la thrombose veineuse sur voie centrale
  • Ablation de la voie veineuse centrale sauf si fonctionnelle et nécessaire au soin
  • Anticoagulation efficace par HBPM
    • Tant que la voie centrale est en place
    • Après ablation, tant que le cancer est évolutif et/ou traité pour un minimum de 6 semaines

3.6 - Recherche de thrombophilie

Chez quels patients rechercher un facteur de risque biologique de MTEV ? (Recommandations GEHT et SFMV 2009) Recherche recommandée En cas de 1er épisode de thrombose veineuse profonde proximale et/ou embolie pulmonaire
  • < 60 ans
· En l’absence de facteur déclenchant dans le but d’adapter la durée du traitement anticoagulant et de définir les conduites à tenir pour les apparentés Chez la femme en âge de procréer: · Dès le 1er épisode de MTEV (impact sur les grossesses ultérieures) · ATCD familiaux de thrombose et avant la mise sous contraceptifs oraux En cas de récidive : Toute récidive de TVP proximale ou EP et toute récidive de TVP distale non provoquée dont le 1er épisode est survenu < 60 ans. Recherche non recommandée
  • 1er épisode de TVP proximale ou Embolie pulmonaire > 60 ans
  • Thrombose veineuse superficielle isolée
· TVP distale, sauf si SAPL (syndrome des antiphospholipides)
  • 1er épisode MTEV < 60 ans chez l’homme avec caractère provoqué et en l’absence de famille informative
Quels tests? Chez tous les patients ayant une MTEV : NFS, plaquettes, TP, TCA, fibrinogène Facteur biologique de Risque :
  • Antithrombine (activité)
  • Protéine C (activité)
  • Protéine S
  • Test de résistance à la protéine C activée et/ou Mutation Facteur V Leiden
  • Mutation G20210A du gène de la prothrombine (Facteur II)
  • Recherche de syndrome des antiphospholipides : TCA et dRVVT (test de venin de vipère dilué), recherche d’anticorps anti-anticardiolipine et anti b 2GP1.
  • La recherche des mutations nécessite une information du patient et le recueil de son consentement écrit.
  • Le dosage de l’Homocystéine est réservé aux formes graves de maladie thromboembolique chez l’enfant et l’adulte jeune en particulier lorsque celle-ci s’accompagne d’un tableau neurologique.
Quand faire les tests ? · Idéalement avant la mise en route d’un traitement anticoagulant (héparine, AVK, nouveaux anticoagulants oraux…) · Même pendant le traitement par AVK, l’exploration de première intention sera envisagée en dehors des mesures des concentrations de PC et PS (à faire au moins 1 mois après arrêt des AVK) · A noter diminution de la protéine S sous oestrogènes (contraception oestro-progestative) et pendant la grossesse. En cas de traitements par les nouveaux anticoagulants oraux (dabigatran, rivaroxaban, apixaban…), il est préférable de réaliser les dosages à distance du traitement du fait des interférences de ces médicaments sur les tests de coagulation.

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