8.1 - Recommandation N°10 : Modalités d’utilisation des valves de perfusion
8.1.1 - INTRODUCTION
Il ne faut pas confondre bouchon obturateur et valve. Chronologiquement, sont apparus d’abord les bouchons obturateurs, puis différents types de valves. CHAQUE VALVE A UNE INDICATION PRECISE ET NE DOIT PAS ETRE UTILISEE A LA PLACE D’UNE AUTRE.8.1.1.1 - Les bouchons obturateurs
Leur seul rôle est d’obturer la perfusion. Le système est ouvert lorsqu’ils sont enlevés et expose donc à un risque infectieux et à un risque d’embolie gazeuse. Ces bouchons obturateurs sont des dispositifs à usage unique et doivent donc être changés à chaque manipulation. Certains bouchons sont pourvus d’un mandrin obturateur et s’utilisent exclusivement sur des cathéters périphériques courts. Les mandrins obturateurs sont spécifiques d’un cathéter : ils doivent être adaptés au cathéter en termes de longueur et de diamètre et doivent être changés après chaque utilisation.8.1.1.2 - Les valves bidirectionnelles
(Voir ci-dessous les autres dénominations possibles1) Elles permettent de fermer la ligne de perfusion et également de prélever et d’injecter sans aiguille et sans rompre le système clos. Elles ont été conçues pour :- simplifier les manipulations,
- limiter les risques d’AES pour le personnel soignant,
- limiter les embolies gazeuses,
- réduire les risques d’infection chez les patients par rupture du système clos, à condition d’être systématiquement désinfectées avant chaque connexion et après chaque déconnexion.
8.1.1.3 - Les valves unidirectionnelles
Elles permettent le passage de la solution uniquement dans une seule direction, c’est-à-dire vers le patient et empêchent donc tout reflux de la solution. Elles peuvent être de 2 types : anti-reflux (encore appelées anti-retour) et anti-siphon. - Ces valves ne doivent pas être utilisées comme bouchons obturateurs. - Il faut privilégier l’utilisation de valves intégrées à la ligne de perfusion, afin de garantir leur bon usage.8.1.2 - LES VALVES BIDIRECTIONNELLES
8.1.2.1 - Généralités
8.1.2.1.1 - Propriétés
La connexion de l’embout mâle (seringue, ligne de perfusion, etc.) sur la valve entraîne automatiquement l’ouverture de celle-ci. Inversement, la déconnexion de l’embout mâle entraîne automatiquement la fermeture de cette valve.8.1.2.1.2 - Terminologie et définitions
Dans les recommandations AP-HP datant de 2007, les valves bidirectionnelles étaient classées en « valves à pression positive » et « valves sans pression positive ». Depuis, de nouvelles terminologies sont apparues (valves « à mécanisme interne » et valves « à septum préfendu ») dans les recommandations de la SHEA (Society for Healthcare Epidemiology in America) et du CDC (Centers for Disease Control and Prevention) (31). Ces recommandations sont défavorables aux valves dites « à mécanisme interne » sur la base de publications monocentriques, rétrospectives et n’impliquant que 2 modèles de valves de cette catégorie (32–35). En 2014, les recommandations de la SHEA concluent que le design optimal requis pour obtenir une réduction du risque infectieux n’est pas défini (36).8.1.2.2 - Indications
(cf. tableau 1 : Quelle valve bidirectionnelle choisir ? cf. figure 1 : Propriétés des valves avec/sans flush positif et cf. figure 2 : Caractéristiques valve sans/avec flush positif à la déconnexion) En matière de comportement à la déconnexion, deux types de valves bidirectionnelles sont donc disponibles :- les valves sans flush positif à la déconnexion [Bionecteur®, Q-syte®, TPS®, Securisend TPS®, etc.] ;
- les valves avec flush positif à la déconnexion [Autoflush®, Posiflow®, Care site®, etc.].
8.1.2.2.1 - Valve sans flush positif à la déconnexion = « valve sans flush »
Elle peut être indiquée lorsque l’abord veineux est utilisé de façon continue. Elle sera alors placée sur toute connexion de la ligne vouée à être déconnectée temporairement (cathéter, prolongateur, robinet à 3 voies, rampe de robinets, etc.) pour permettre les injections, les perfusions, les transfusions et les prélèvements de sang en préservant le système clos. Elle existe seule ou déjà pré-montée sur la ligne ou sur certaines poches de solutions injectables. Lorsqu’une valve sans flush positif est positionnée sur le cathéter ou sur son prolongateur, il faut impérativement clamper avant la déconnexion de la ligne de perfusion.8.1.2.2.2 - Valve avec flush positif à la déconnexion = « valve avec flush »
Elle est à positionner sur un cathéter veineux périphérique ou central, lorsque l’abord veineux est utilisé de façon intermittente pour permettre les injections, perfusions, transfusions et prélèvements de sang en préservant le système clos. Elle permet de supprimer la perfusion « garde-veine » et d’améliorer l’autonomie du patient.
Figure 1 : Propriétés des valves avec/sans flush positif

Figure 2 : Caractéristiques des valves sans/avec flush positif à la déconnexion
8.1.2.3 - Critères de qualité
- Sécurité des connexions et des déconnexions (étanchéité de la valve)
- Facilité de désinfection : surface plane
- Facilité de manipulation
- Rinçabilité (flux direct)
- Transparence/visibilité du flux
- Faible perte de débit
- Faible volume mort
- Nombre d’activations possibles
- Encombrement minimum
- Qualité des matériaux (lipidorésistance, compatibilité IRM)
- Qualité du conditionnement
8.1.2.4 - Mode d’utilisation
- Réaliser une friction hydro alcoolique des mains.
- En cas de prélèvement sanguin ou d’administration d’anticancéreux, mettre des gants à usage unique (prévention des AES, protection du personnel) :
- stériles en cas de manipulation proximale d’une voie centrale et mettre également un masque,
- non stériles dans les autres cas.
- Désinfecter la valve par friction à l’aide d’une compresse stérile imbibée avec un antiseptique alcoolique majeur et attendre le séchage spontané.
- Effectuer la manipulation (injection, prélèvement, connexion).
- Rincer de façon pulsée à l’aide d’une seringue de 10 mL de chlorure de sodium 0,9 % stérile injectable.
- Désinfecter la valve à l’aide d’une compresse imbibée d’un antiseptique alcoolique majeur par friction et attendre le séchage spontané.
- Eliminer les gants le cas échéant.
- Réaliser une friction hydro alcoolique des mains.
8.1.2.5 - Précautions d’emploi
- Il est déconseillé de mettre plusieurs valves en série sur une même ligne de perfusion, en raison du risque de réduction significative du débit de perfusion.
- S’il est nécessaire de protéger la valve (contact de la peau du patient pour une voie centrale, risque de manipulations par le malade en gériatrie, pédiatrie, etc.), il est recommandé d’utiliser un boîtier (37).
- Une valve bidirectionnelle positionnée à distance du site d’insertion du cathéter doit être changée en même temps que la ligne veineuse. Elle ne reste pas en place plus de 96 heures.
- Une valve bidirectionnelle positionnée en proximal (c’est-à-dire directement sur le cathéter ou sur l’aiguille de Huber) doit être changée au maximum tous les 8 jours.
8.1.2.6 - Contre-indications
- Ne jamais utiliser d’aiguille pour injecter au travers des valves,
- Ne jamais rajouter de bouchon obturateur.
8.1.3 - LES VALVES UNIDIRECTIONNELLES
8.1.3.1 - Valve anti-reflux ou anti-retour
- Propriétés : Elle empêche tout reflux dans la ligne sur laquelle elle est positionnée, donc une possible accumulation du médicament et ainsi évite les effets d’une administration massive du médicament accumulé (évite un sous-dosage suivi d’un bolus accidentel).
- Indication : Administration de médicaments à index thérapeutique étroit, tels que les morphiniques avec ou sans PCA (« Patient Controlled Analgesia » ou analgésie contrôlée par le patient), et de l’ocytocine (40), associée à une perfusion par gravité.
- Localisation : voir figure 3.
Figure 3 : Valve anti-reflux
8.1.3.2 - Valve anti-siphon
- Propriétés : Elle autorise le passage de la solution uniquement si une certaine pression (100/150 mm Hg) est volontairement appliquée sur la ligne de perfusion en amont de la valve, grâce à une pompe volumétrique. Elle protège le patient du risque de débit libre.
- Indication : Obligatoire pour une perfusion PCA, cette valve est intégrée à la tubulure de PCA. Présente sur certains prolongateurs de pousse-seringues et sur certaines tubulures. La présence d’une valve anti-siphon implique d’envisager la présence d’une valve anti-retour sur les autres voies lorsqu’elles existent.
- Localisation : voir figure 4.

Figure 3 : Valve anti-reflux

Figure 4 : Valve anti-siphon
8.1.4 - Si utilisation d'une valve bidirectionnelle, laquelle choisir?
Il n’existe pas à ce jour, d’étude clinique de haut niveau de preuve de l’intérêt de l’utilisation de ces valves par rapport aux bouchons obturateurs. Les présentes recommandations visent à permettre, en cas d’utilisation d’une valve bidirectionnelle, de choisir la valve adaptée au type de cathéter et à son mode d’utilisation.Cathéter veineux périphérique (CVP)
| Utilisation intermittente du cathéter | Utilisation continue du cathéter |
| Valve avec flush + Prolongateur sans clamper OU Valve sans flush + Prolongateur + clampage du prolongateur avant déconnexion de la ligne de perfusion | Pas de valve |
Cathéter veineux central (CVC) ou PICC muni d’un clamp
| Utilisation intermittente du cathéter | Utilisation continue du cathéter |
| Valve avec flush sans clamper OU Valve sans flush + clampage du cathéter avant déconnexion de la ligne de perfusion | Pas de valve OU Valve sans flush |
Cathéter veineux central (CVC) ou PICC sans clamp
| Utilisation intermittente du cathéter | Utilisation continue du cathéter |
| Valve avec flush | Pas de valve OU Valve sans flush |






















